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Matt Douglas

Whitehorse (Yukon)

PAR JESS CAMPBELL

Avec toute la diversité, la technologie et les changements qui se produisent dans l’agriculture canadienne, il est intéressant de méditer sur l’avenir de l’industrie.
Quand on pense à tout ce que Matt Douglas et ses partenaires de Agriculture Étoile du Nord, de Whitehorse, au Yukon, ont réalisé, on a une bonne idée de ce que sera l’avenir.

Matt n’est pas exactement un passé de fermier typique, mais il avait une grande influence qui l’a guidé dans sa passion pour l’agriculture.  « Je suis né et j’ai grandi à Oakville, en Ontario. J’ai fréquenté l’Université de Guelph où j’ai obtenu un baccalauréat commercial en marketing. Mais vous savez — c’est Guelph! J’ai donc eu un certain nombre d’amis « Aggie », comme mon colocataire, Stewart Skinner. C’est un éleveur de porcs de la 3e génération de Listowel, en Ontario, et j’étais seulement un pauvre enfant de la banlieue qui pensait que le poulet venait de l’épicerie. Stewart m’a littéralement ouvert les yeux sur le monde de l’agriculture.

Après avoir obtenu son diplôme, Matt a passé quelques années en Ontario, à construire – puis à vendre – une agence traditionnelle de marketing, enrichissant son expérience lors de campagnes comme Pepsi, Molson, Coors et RBC. Après avoir vendu l’agence, Matt est retourné à l’agriculture. Seulement, cette fois, le retrait venait d’un peu plus au nord que Listowel. « Je me suis retrouvé à Whitehorse pour rendre visite à ma famille. J’ai eu des contacts avec un entrepreneur et il m’a dit que je devais y aller. Son entreprise, Northstar Agriculture, avait récemment acheté les droits d’une technologie de culture aquaponique. Un an plus tard, presque jour pour jour, ma copine et moi avons traversé le pays en février et nous nous sommes installés à Whitehorse.

En déménageant au pays du soleil de minuit, Matt a dû se renseigner sur un tout nouveau domaine de l’agriculture canadienne – et ensuite trouver comment bâtir une entreprise autour d’elle. « Le projet aquaponique… c’est une ferme intérieure massive : fondamentalement, une installation de 20 000 pieds carrés sur un territoire de quarante mille personnes. Nous sommes en train de travailler à notre ingénierie de conception pour notre installation près des sources thermales locales, à 20 minutes hors de la ville. Ce sera la première installation aquaponique chauffée et refroidie en Amérique du Nord.

De plus, Matt a développé des terres commerciales avec son partenaire, Sonny Grey, pour fournir des produits de porc locaux à la communauté, ce qui n’a jamais été fait avec succès auparavant. « Il n’y avait pas de véritable élevage commercial parce que tout le monde était conditionné à ce qu’on ne puisse acheter de la viande qu’à l’automne, car les gens ne pouvaient pas mettre leurs animaux en hivernage. Donc, nous l’avons fait pendant huit mois, petit à petit: travailler avec des restaurants, et mener des campagnes Facebook, et moi, à livrer de la viande avec une glacière à l’arrière de mon pick-up.

De là, Matt a essayé de reconditionner un marché habitué à payer des prix exorbitants et à faire expédier la plupart de leurs aliments « du sud ». Les agriculteurs locaux qui se sont joints à la coopérative de Matt ont du mal à déterminer le prix de leurs produits; un prix qui ne soit pas seulement compétitif, mais qui leur permette également de gagner leur vie. La solution de Matt à ce problème a été la fondation d’une entreprise d’emballage. « J’ai établi un partenariat avec un chef et deux fermiers – le bœuf et le sanglier, le porc et le lapin; et aussi avec une entreprise de marketing et un distributeur local d’aliments. Nous essayons de construire un moteur de commercialisation pour que les éleveurs d’ici n’aient pas à tout faire eux-mêmes. C’est ce que nous sommes en train de faire maintenant, mais ce n’est pas facile. (rires)

La pénurie alimentaire et dans d’autres domaines sont une grave préoccupation pour les collectivités du Yukon, y compris Whitehorse; et c’est un problème que Matt est déterminé à régler. « Nous avons trois grandes épiceries (dans la ville). Si vous demandez à la plupart des consommateurs, ils diront qu’il n’y a pas de problème d’approvisionnement – jusqu’à ce que l’autoroute soit prête. Il n’y a vraiment que deux routes au Yukon. Mais il suffit qu’une avalanche bloque une section de route, ou qu’une tempête vraiment mauvaise en bloque certaines parties… C’est arrivé, et ça se transforme en panique générale, et tout le monde se précipite à l’épicerie et la vide. Mes partenaires et moi ne croyons pas qu’il soit durable de continuer à avoir ce réseau de distribution décentralisé alors que nous pouvons cultiver beaucoup de choses nous-mêmes. Pourquoi compter sur le Sud malgré la vulnérabilité des autoroutes, le coût élevé du fret, les émissions de carbone, etc.? Pourquoi ne pas simplement essayer de trouver un moyen de le faire nous-mêmes? C’est ce que nous sommes en train de faire.

C’est une tâche énorme, mais que Matt affronte positivement, tout en tenant compte de son impact sur l’industrie agricole canadienne dans son ensemble. Et comment se sent-il? « Il y a une énorme déconnexion dans le monde entier sur la façon dont les gens pensent que leur nourriture est faite et d’où elle vient. L’avenir est un peu un reconditionnement de notre population – lui donner une meilleure compréhension de la façon dont notre nourriture est faite et d’où elle provient, et comment la garder plus proche, mais aussi développer des méthodes de croissance extrêmement diversifiées, comme l’agriculture verticale et l’agriculture en serre. Surtout, dans un endroit comme celui-ci, ce qui me rend le plus fier, c’est quand je vois des gens manger de la nourriture que j’ai aidé à produire. Cela semble trivial, mais c’est la vérité! (rires)

« J’ai établi un partenariat avec un chef et deux fermiers – le bœuf et le sanglier, le porc et le lapin; et aussi avec une entreprise de marketing et un distributeur local d’aliments. Nous essayons de construire un moteur de commercialisation pour que les éleveurs d’ici n’aient pas à tout faire eux-mêmes. »

Amoree Briggs

Whitehorse (Yukon)

PAR JESS CAMPBELL

Les fermes ne sont pas toutes pareilles.

C’est le message que Amoree Briggs voudrait transmettre aux consommateurs, et c’est juste. Les fermes Amoree, tout près de Whitehorse, au Yukon, avec son mari et sa famille, produisent une grande quantité de céréales tant pour la consommation humaine qu’animale. « Nous avons des bovins de boucherie, des poules pondeuses, des volailles à viande (saisonnières), des champs de foin et des serres. Notre fils ainé (Huxley, âgé de 10 ans), élève des lapins pour la viande et la fourrure. Nous avons quelques locataires sur notre propriété, ce qui nous aide un peu aussi. L’un d’eux a quatre alpagas, et un autre engraisse des porcs de façon saisonnière. Nous avons une étendue de baies de brousse, des raisins bleus et roses, des framboises, des groseilles et des bleuets, saskatoons et haskaps. Nous avons également une serre de style nordique qui produit avec succès des pommes, et bientôt des poires à partir d’un nouveau plant. »

Avoir une ferme au Yukon n’est pas de tout repos. Mais selon Amoree, les défis lui permettent de développer ses compétences et de devenir une fermière plus efficace. « Le plus gros défi ici, c’est que la production fermière est toute une aventure. Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont des années d’expérience de la production ici. Aussi, nos infrastructures sont limitées. Une partie de notre équipement doit souvent venir du Sud, être transporté de Saskatoon vers le Nord par la route de l’Alaska. Aussi, les personnes qualifiées pour travailler sur des tracteurs sont limitées, etc. Ce qui est intéressant ici, c’est que les fermiers font pratiquement tout : abattage, mécanique, construction, analyse du sol, récolte et emballage, mise en marché, et le compostage pour les champs et les jardins. Nous sommes obligés de nous investir à fond dans tous les aspects du développement de nos produits. »

L’agriculture est difficile partout – mais l’agriculture au Yukon est vraiment un travail difficile. Amoree dit qu’elle est fière de l’occasion qu’elle a de montrer à ses enfants ce que signifie « travailler dur », et comment cela peut être gratifiant, au propre et au figuré. « Nous aimons le lien entre notre famille et le travail de ferme, et le précieux temps que nous pouvons passer ensemble, que ce soit la mise en balle du foin jusqu’aux petites heures du matin, le regroupement des vaches avec nos chiens, ou une pause dans l’après-midi, et, par une chaude journée, pagayer sur notre étang d’irrigation. C’est vraiment une entreprise familiale.

Amoree est profondément engagée dans la protection environnementale, et fière d’être une ressource valable quand il s’agit de savoir comment cultiver, récolter, et gérer une ferme. Une partie de cette gestion environnementale consiste à enseigner non seulement à ses enfants mais aussi aux enfants de l’école locale ce que signifie l’agriculture et le soin de l’environnement. « Nous sommes heureux d’être aussi efficaces que possible. Nous avons deux grandes ressources solaires sur notre propriété : nous utilisons le chauffage au bois seulement (nous transportons tout le bois, aussi!), et cultivons une grande partie de notre nourriture d’hiver (pour les humains, les chiens et les vaches), avec un véhicule hybride que nous utilisons parcimonieusement, et nous enseignons autant de principes durables que possible à nos enfants.

Notre petite ferme est de conception cyclique dans le but de réduire substantiellement nos besoins hors ferme. Nous invitons des groupes scolaires de tous âges à venir à la ferme pour en apprendre davantage sur nos pratiques, et nous avons eu beaucoup d’excellentes séances de formation dans le cadre de ce programme appelé « Les enfants à la ferme ».

Faire partie de l’agriculture Canadienne et être témoin de la grande diversité de l’agriculture au pays crée un profond sentiment de fierté chez Amoree – et un grand espoir face à l’avenir. « Dans un pays si diversifié, vous pouvez voir n’importe quoi en agriculture : des fruits tropicaux à l’agriculture possible en serre seulement. Une ferme locale à Dawson a cultivé des pommes, des poires et des raisins en serre sous le soleil de minuit! Nous espérons entrer davantage dans le non-labourage et la permaculture (autant que nous le pouvons sous notre climat) pour nous concentrer sur des façons plus naturelles de croissance. Parce que l’agriculture est une toute nouvelle entreprise au Yukon – elle se développera à pas de géant au cours des dix prochaines années – nous voyons maintenant des fermes laitières surgir, des animaux à laine et cuir être élevés et partagés, de grands systèmes hydroponiques utilisés pour approvisionner les épiceries dans notre capitale… et c’est tellement enthousiasmant!

« Le plus gros défi ici, c’est que la production fermière est toute une aventure. Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont des années d’expérience de la production ici. »

Ann et Cody Legge​

Blomidon (Nouvelle-Écosse)​

PAR JESS CAMPBELL​

Qu’y a-t-il de commun entre cultiver des fleurs, élever des veaux, traire les vaches, diriger l’exploitation d’un lot, travailler comme technicien vétérinaire et cultiver des céréales?

Si vous n’êtes pas sûr, demandez donc à Ann Legge de Blomidon, en Nouvelle-Écosse. Pour elle et son mari, Cody, cette liste de tâches constitue leur gagne-pain. « Je travaille à temps complet pour Patterson Farms Ltée, un producteur local qui possède cinquante vaches », dit Ann. « Je m’occupe aussi de ma propre ferme, Petal & Bay Flower Farm; nous produisons des fleurs coupées pour le marché de gros ou pour des commandes privées. Cody travaille à temps complet pour K.B. Kinsman & Sons Limited, un lot d’engraissement local de 400 ou 500 mangeoires, tout en gérant sa propre entreprise, Cody Legge Farms, qui produit du foin et des céréales. Et ensemble, nous aidons à la ferme de la famille de Cody – où nous élevons 40 couples vache-veau. Et le samedi matin, je fais du travail vétérinaire comme technicienne à la clinique vétérinaire de Glooscap. »

Si vous trouvez que cela ressemble à une tonne de travail, vous avez raison. Et ce jeune couple (mariés en octobre 2018) ne vous contredira pas. « Nous aimons bien, tous les deux, être occupés, et surtout dans ce qui concerne le travail de la ferme. Chaque jour est à la fois différent et pareil. Nous calculons le travail en acres, pas en heures! »

Cody est un éleveur bovin de troisième génération, alors l’élevage n’est pas seulement un gagne-pain mais un mode de vie. Ann admet que le travail n’est pas toujours facile; toutefois, ce n’est pas quelque chose qu’ils abandonneraient. « Il peut y avoir des journées vraiment longues. Mais nous sommes reconnaissants pour les jours de pluie qui nous permettent de nous rattraper sur les autres tâches ménagères, ou ne nous enfermer dans l’atelier pour faire des réparations. À la fin de la journée, en essuyant la sueur de notre front – ou nos larmes parfois – quand nous voyons une vache malade qui prend du mieux, ou une graine minuscule qui s’est développée en un produit de qualité après tant d’efforts… ou échouer, parfois, mais être capables de nous lever le lendemain matin et d’essayer encore avec détermination, tout cela en vaut la peine, et nous ne l’échangerions jamais pour autre chose! »

La ferme de Ann et Cody se trouve au centre du bassin Minas en Nouvelle-Écosse. Le bassin « joue un rôle essentiel en agriculture dans la région », ajoutant un mélange de sols particulier, et grâce aux fluctuations de température et de climat. De plus, les vagues atteignent une hauteur de 46 à 52 pieds chaque jour! C’est une richesse extraordinaire pour Ann et Cody, et leur communauté ainsi que leurs nombreux partenaires les aident à faire ce qu’ils font; cela aussi est très important pour eux. « Nous sommes reconnaissants envers tous les fermiers des environs, les nutritionnistes, les vétérinaires, nos aides et nos consommateurs qui nous aident tout au long de la route, en nous encourageant à mettre à profit nos connaissances et notre expérience, et à faire de notre mieux. En fait, nous ne considérons pas cela comme du travail – c’est seulement la façon dont nous avons choisi de passer notre vie. »

Être membres de la Table pancanadienne de la relève agricole est aussi une magnifique occasion pour Ann et Cody. « Cela nous a permis de rencontrer plusieurs fermiers et des membres de l’industrie agricole qui possèdent beaucoup de connaissances et d’expérience à partager, ce qui nous donne une chance de nous améliorer et d’innover. C’est très utile de jouir d’un appui complet de la part d’un groupe qui chemine avec nous! »

Avoir tellement de tâches quotidiennes à accomplir peut sembler insupportable à quelques-uns; mais pour Ann et Cody Legge, il s’agit de construire un magnifique héritage.

 

Chris Oram​

Wooddale (Terre-Neuve)​

PAR JESS CAMPBELL​

Il y a bien peu d’endroits au Canada où l’on puisse encore voir un fermier abattre tous les arbres pour avoir une terre à cultiver.

Mais Chris Oram de Wooddale, à Terre-Neuve, est justement un de ces fermiers. « Nous avons probablement encore 100 acres que nous pouvons déblayer, dit Chris. Nous essayons de mettre 5 acres en production chaque année. Tu piges au hasard, et ça y est! »

Avec sa femme, Kayla, et ses parents, Richard et Arlene, Chris gère le Mark’s Market, une ferme de fruits et légumes de 56 acres. Le problème d’être un cultivateur de fruits et légumes à Terre-Neuve – ou le Roc comme plusieurs l’appellent – c’est que le sol propre à produire des fruits et légumes n’est pas facile à trouver. Alors, en plus de raser de nouveaux acres chaque année, Chris doit aussi s’occuper de préparer le sol à la croissance des fruits et légumes, ce qui prend beaucoup de son temps, ainsi que de la patience et de l’argent. (Pas de pression, cependant.)

« À terre-Neuve, nous faisons de l’amélioration de compensation approximative. Le gouvernement nous accorde une subvention de 1 500 dollars l’acre. Puis l’année suivante, quand nous avons réussi à hausser un peu le ph du sol, on nous donne encore 1 500 dollars l’acre. Donc, on vous donne 3 000 dollars l’acre pour mettre cette terre en production. Mais il nous en coute plus que ça, probablement cinq ou six mille dollars l’acre. Cependant ça aide… Nous avons réussi à acheter une pelle excavatrice, et nous la faisons fonctionner pour déraciner les grands arbres de la terre; chaque minute libre que nous avons, nous la mettons en action. C’est un travail en cours. »

Une grande partie de la préparation des terres nouvellement défrichées est le travail le plus éreintant qu’on puisse imaginer, mais il est essentiel pour améliorer le sol. « Il y a une colline près de notre marché, et j’y ai littéralement passé sept jours à en sortir les cailloux pour la préparer à produire des pommes de terre cette année. Plus vous sortez de roches, mieux c’est, évidemment! »

Planter quelque chose sur des terres nouvellement défrichées n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser. « Il n’y a que quelques cultures qui feront auront de la chance dans de nouveaux terrains, dit Chris. La première année où vous essayez, vous pouvez vous en tirer avec quelques navets – partout à Terre-Neuve, nous les appelons des navets, pas des rutabagas! (rires). Vous pourriez peut-être planter quelques betteraves comestibles, pour les marinades. Mais vous devrez vraiment vous servir de tous vos engrais pour obtenir une récolte décente de ce terrain.

Mark’s Market est le seul marché de produits frais dans un rayon d’une heure de la ferme de Chris. Certains clients font deux heures de route pour venir acheter des produits frais, en saison, et qu’on ne peut pas toujours trouver ailleurs.

Pour Chris et sa famille, avoir la flexibilité de cultiver ce qui est en demande fait partie de ce qui fait que leur entreprise agricole vaut le travail acharné. « Nous avons obtenu des fraises maintenant, que les clients peuvent cueillir eux-mêmes. Nous avons eu la chance d’avoir une saison devancée, cette année, environ quatre semaines plus tôt que d’habitude. Alors, nous pouvons cultiver la laitue et les pois et les trucs verts feuillus, et vendre tout cela avec les fraises.

La ferme cultive ce que Chris appelle les « légumes traditionnels » de Terre-Neuve : les pommes de terre, les carottes, les choux et les navets, ainsi que plusieurs autres cultures comme les pommes et les prunes. Bien que la vente aux grossistes ait pu être un objectif, déjà, Chris dit que lui et sa famille préfèrent de beaucoup gagner leur vie en vendant directement à leurs clients. « Nous cultivons tout de A à Z. Tout ce que nous pouvons cultiver physiquement, nous le faisons ! Nous avons un revenu secondaire avec les confitures, les betteraves marinées, les carottes et tous ces autres ajouts comme les pois, les haricots, le brocoli, le chou-fleur – ainsi un client dépensera un peu plus. Tout cela attire les gens à la ferme. Nous fixons nos propres prix et offrons des produits frais et de qualité. »

Justin Williams​

Bloomfield (Ontario)​

PAR JESS CAMPBELL​

S’il y a plusieurs fermes multi-générationnelles à travers le Canada, moins nombreuses sont celles qui ont une lignée à deux chiffres seulement. Justin Williams, des fermes Wilhome, Bloomfield, ON, appartient à ce deuxième groupe.

« Nos fermes sont restées dans la famille depuis 1814, et je suis la huitième génération à travailler cette terre. Mes parents, Don et Anne, étaient propriétaires de la ferme sur laquelle je travaille avec ma sœur cadette, Brittany. Les fermes Wilhome, cela veut dire 70 vaches à lait dans l’étable, et 400 acres de terres de notre propriété ou louées. Les céréales, cela veut dire le foin, le maïs, le blé et le soja sans modification génétique (OMG). »

Si les ancêtres de Justin ont pu avoir une terre qui suffisait à leurs besoins et à ceux de leur communauté, les fermiers d’aujourd’hui doivent avoir une « tête d’affaires » pour réussie. Au XXIe siècle, être fermier, c’est accomplir une suite entrepreneuriale. Justin a pris la chose à cœur, et a lancé sa production de sirop d’érable et d’autres produits de qualité parallèlement au travail de la ferme. Dans une forêt située sur la terre familiale, j’ai repéré environ 500 arbres et de l’équipement moderne. 

Bien que ses journées soient évidemment remplies, Justin est vraiment content d’avoir choisi cette voie, car elle qui lui donne l’occasion de faire quelque chose de positif dans le monde.  « Ce que j’aime le mieux dans mon travail de fermier, c’est la possibilité de travailler dehors, et avec les animaux. Il est important de jouer un rôle, et ici, il s’agit de fournir des produits alimentaires aux gens », dit-il.

Pour Justin, l’avenir du travail de ferme est enthousiasmant – et la réalité actuelle est plutôt agréable, aussi. « Nous avons un robot nourrisseur qui fait le tour de la ferme une fois par heure, en poussant la nourriture vers les vaches, pour nous assurer qu’elles aient toujours de quoi manger devant elles, ce qui les rend « heureuses ». La technologie moderne fait grand bien dans la réduction du stress et l’exigence d’effort physique de la part des fermiers. Alors, ils peuvent être plus actifs et plus productifs ailleurs. Je crois que dans les cinq ou dix prochaines années, on connaitra de grands avancements dans l’industrie agricole, tant dans la production céréalière que dans l’agriculture animale. J’ai hâte de voir ce qui s’en vient. »

La ferme et l’agriculture ne vont pas de soi. Justin, comme tous les fermiers, a toujours quelque problème à résoudre. Aux yeux de Justin, répondre aux attentes des consommateurs est quelque chose à prendre en considération continuellement et sérieusement. « Les gens peuvent avoir diverses idéologies que celles de l’agriculture, et d’autres consommateurs; ces gens peuvent parfois jeter de l’ombre sur tous les aspects positifs de l’agriculture, et des autres agriculteurs. Certains croient que nous essayons de les empoisonner avec des produits que nous utilisons dans nos cultures et pour nos animaux, mais en réalité, nous les utilisons pour aider à préserver l’environnement et fournir ce qu’il y a de mieux, et la vie la plus confortable tant pour les hommes que pour les animaux. Pour nous, les fermiers, il est important de continuer à partager le message positif de l’agriculture et de continuer à démystifier les idées quand nous parlons aux consommateurs qui sont généralement intéressés à en apprendre davantage. Recourir aux ressources des associations comme « Ferme et nourriture saine » ou le « Centre pour l’intégrité alimentaire », voilà de bonnes adresses par où commencer.

Aux consommateurs, Justin recommande de chercher les réponses à leur curiosité dans la bouche de leurs chevaux. « Il est important que les consommateurs fassent confiance à leurs fournisseurs de produits de ferme, parce que nous aussi, nous sommes des consommateurs. Si vous êtes malade, vous allez voir le médecin. Si vous avez besoin d’argent, vous vous adressez à une institution de prêt. Et si vous avez des questions au sujet de la ferme, il serait normal que vous vous adressiez à un fermier!

Veronica Vermeulen​

Shubenacadie (Nouvelle-Écosse)​

PAR JESS CAMPBELL​

Veronica Vermeulen n’est pas votre fermière ordinaire – et elle préfère qu’il en soit ainsi.

Veronica fait partie de la troisième génération propriétaire d’une ferme laitière de 350 têtes, à Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse. Elle s’occupe de la ferme avec ses deux frères (elle a six frères et sœurs en tout), ce qui, semble-t-il, la distingue de la moyenne.

« J’étais censée prendre la ferme avec mon mari, Matt, qui possède une ferme laitière de 100 vaches et deux trayeuses robotisées, explique Veronica. « Tout le monde s’attendait à ce que j’y aille, mais mon mari n’a jamais insisté. J’ai dû me battre assez fort pour que mon contrat de succession soit conclu au sein de ma ferme familiale. Je ne pense pas que la pression était négative; c’est seulement que les gens ne croyaient pas que je savais ce que je voulais. J’ai vraiment dû prouver que c’était ma volonté, et m’assurer que mes actions le prouvent. »

En tant que jeune agricultrice, Veronica est très consciente que, malgré le fait qu’elle travaille dans la même ferme que ses frères, sa vie agricole et celle de ses frères sont très différentes. « J’avais l’impression que le monde était contre les jeunes agricultrices. Mais plus j’apprends, plus je me rends compte que mes choix sont ceux que je fais en tant que jeune agricultrice – des choix très différents de ceux d’un jeune agriculteur masculin. Par exemple, lorsque vous décidez de fonder une famille, que se passe-t-il avec votre travail? Pour moi et mon mari, je pense que tout ce qui se passera dans ma vie quand nous aurons un enfant sera la même chose que ce qui se produira dans sa vie à lui. Je ne vais pas être celle qui ne va pas travailler parce qu’elle a des enfants. C’est 50/50, et nous allons le prouver.

Veronica et ses frères ont appris à jouer sur les forces l’un de l’autre quand il s’agit de gérer une telle opération. « Je travaille beaucoup avec mon frère ainé. Il fait beaucoup en ce qui concerne le côté commercial des choses, comme les décisions à prendre au sujet de la grange que nous sommes en train de construire. Ensuite, mon autre frère fait la culture, et moi, je fais beaucoup d’élevage : la santé des vaches, le vêlage et tout ce qui concerne les veaux.

La ferme est divisée en quatre, quelque chose qui fonctionne très bien, dit Veronica. « Il y a différents endroits, et les gens ont des responsabilités différentes à ces endroits précis. Nous avons toutes les jeunes vaches au même endroit. Pour la première moitié de leur lactation, elles sont toutes à la même ferme. Puis, après avoir mis bas, elles vont à une autre ferme jusqu’à ce qu’elles sèchent (et soient prêtes à avoir leur veau). Une fois sèches, elles viennent à ma grange, et je les garde pendant deux mois, puis quelques jours après elles vêlent. Quand elles ont eu leur veau, je les transporte en camion à environ deux kilomètres de route jusqu’à la grange avec les jeunes vaches, où les veaux seront élevés, et le processus recommence. »

Hors de la ferme, Veronica porte attention autant à la technologie agricole (elle a un diplôme d’ingénieure de l’université de Waterloo) qu’à la perception du consommateur. Ce sont ces deux aspects qui enthousiasment Veronica face à l’avenir de l’agriculture au Canada. « Je pense que la technologie en agriculture est en train de se développer, et je suis vraiment enthousiaste devant ce qui se passe. C’est tout à fait étonnant, tous ces outils que nous avons – et dire que l’an prochain, ces outils seront encore meilleurs et que nous en aurons de nouveaux! C’est vraiment enthousiasmant d’être une fermière!

Quant au consommateur, Veronica espère que l’industrie agricole puisse continuer de s’améliorer au point de vue confiance et communication. « Je n’ai jamais été plus enthousiaste de faire partie de l’agriculture canadienne. Je crois que le milieu connaitra un meilleur avenir, mais nous devons prêter plus d’attention aux consommateurs. Il faut porter attention à l’ensemble. « Si vous avez mangé aujourd’hui, c’est grâce au fermier? Je pense que ce devrait être « Si vous êtes fermier, c’est grâce au consommateur. » En tant que fermiers, je pense que nous devrons servir davantage nos consommateurs à l’avenir. Je pense qu’à l’heure actuelle, il y a beaucoup de pression de la clientèle, et de discussions négatives sur les agriculteurs et le respect de l’environnement. Mais je crois que c’est une excellente occasion d’être un agriculteur, de se creuser la tête pour voir comment faire mieux, surtout avec la technologie et l’agriculture de précision. Je vois toute la négativité comme une occasion d’avancer, certainement. »

Colin Penner

Elm Creek (Manitoba)

PAR JESS CAMPBELL

Pour certaines personnes, il est facile d’être indépendant. On n’a besoin de personne ni de quoi que ce soit pour vivre la vie qu’on veut et faire les choses qu’on veut.

Mais Colin Penner connait la puissance de faire quelque chose avec d’autres et de vivre avec les autres, de travailler ensemble dans un but commun.

Comme producteur de céréales de la troisième génération, Colin travaille avec ses parents sur la terre que ses grands-parents avaient achetée en 1959. Dans son travail de fermier des dix dernières années, il a toujours vu – et il continue de voir – de grands changements à sa ferme. « Mes parents et moi-même sommes les premiers fermiers. Mon frère cadet s’occupe de la ferme avec nous, mais il travaille en dehors à titre d’ingénieur actuellement, alors nous travaillons selon ce plan de succession. Nous avons des personnalités très différentes. C’est un ingénieur dans l’âme, très orienté vers le processus, alors que je suis un penseur abstrait parfois. Ça va être difficile quand il va rentrer à la maison, parce que moi, je cultive depuis dix ans, mais pas lui. Donc, la transition sera difficile, mais j’ai vraiment hâte d’y arriver parce que c’est un gars intelligent et vraiment bon dans des choses où moi, je ne suis pas bon. »

La ferme elle-même a connu une croissance rapide au cours des dernières années; c’est une bonne chose quand la famille d’un fermier continue aussi de croitre. « Ma femme, Laurie, a grandi à cinq milles d’ici, et ses parents étaient également fermiers. Nous avons toujours cultivé 1800 acres depuis aussi longtemps que je me souvienne. Puis, quand les parents de ma femme ont pris leur retraite, ils nous ont demandé combien de superficie de terre nous voulions. Donc, nous avons augmenté seulement de l’étendue de leur terre. La première année, nous avons augmenté un peu, puis la deuxième année, un peu plus. Maintenant, nous en sommes à 3600 acres; nous avons donc doublé la surface au cours des cinq dernières années. Il y a eu quelques petites douleurs au début, mais beaucoup de plaisir aussi. »

L’agriculture avec sa famille sur une superficie croissante, cela représente beaucoup de travail. Mais ça reste un bon équilibre pour le travail de Colin à l’université du Manitoba à Winnipeg. « J’enseigne la gestion agricole à l’université et c’est très amusant. Le programme est assez clair parce que nous prenons la ferme d’un étudiant, ou une autre ferme, et suivons ses finances pendant un an. Ensuite, les étudiants prennent la ferme en charge et exécutent les changements appropriés. J’ai aussi l’occasion de conseiller ces étudiants en ce qui concerne leurs lectures, et sur la comptabilité de leur ferme, et sur le fonctionnement des bilans, et du budget. Pour la session d’automne, je conseille, mais je ne suis pas là autant; puis, pendant la session d’hiver, j’enseigne quatre jours par semaine. »

Colin dit qu’il aime bien enseigner, bien plus qu’il aimait étudier quand il était à l’école. Cela est dû, en grande partie, non seulement à ses étudiants mais à la faculté pour laquelle il enseigne. « Je travaille avec des collègues vraiment bien formés. C’est l’endroit le plus « bizarre » où j’aie jamais travaillé, dit-il en riant. C’est un gros groupe où tout le monde est fermier.  Mais nous avons tous un passé très différent, des idées politiques différentes, des croyances… enfin, nous sommes tous des personnes très différentes. Mais c’est amusant, car quand nous nous assoyons pour une réunion, nous nous contredisons les uns les autres, mais à la fin de la réunion, nous parvenons à une entente, un consensus, sur la meilleure façon d’aller de l’avant. Et nous nous respectons mutuellement, et c’est vraiment très agréable. »

Équilibrer la vie familiale et le travail, celui de la ferme et en dehors, ce n’est pas toujours facile ni une réussite du premier coup, surtout quand on partage ses défis et ses triomphes avec les autres. Pour Colin, il s’agit de continuer à faire de son mieux pour soi-même, pour sa famille, ses étudiants et ses collègues, et pour les consommateurs. « Ma fierté vient de voir un travail bien fait.  Les fermiers canadiens s’efforcent de faire du bon travail. J’aime à croire que chacun, dans sa ferme traite bien sa terre, et son bétail, et fait de son mieux. Quand je regarde autour de moi, à la ferme ou pendant mes voyages à Winnipeg, je vois beaucoup de gens qui essaient de faire de leur mieux pour leur ferme, et c’est là ma fierté. »

Carolyn Wilson

Sainte-Marie-de-Kent (Nouveau-Brunswick)

PAR JESS CAMPBELL

Une des caractéristiques principales de l’agriculture au Canada est la diversité. L’étendue des fermes varie d’une à l’autre; cela dépend souvent de la province où se trouve la ferme. Mais on peut dire sans risque d’erreur que le consommateur moyen pense à « la ferme » en un ou deux points : ou bien il s’agit d’un immense conglomérat comprenant des milliers d’acres, de têtes de bétail, et d’employés; ou bien il pense que c’est essentiellement un loisir familial avec quelques poules, une vache pour le lait, un bœuf et un porc pour la viande.

Vous pourriez penser que la ferme de Carolyn Wilson se place quelque part entre ces deux images dans l’esprit des consommateurs.

Carolyn et son mari, Mark, sont propriétaires du Brookside Butcher à Sainte-Marie-de-Kent, au Nouveau-Brunswick. Carolyn et Mark ont grandi dans une ferme – production de viande et de céréales GE (Genetically Engineered), et de produits laitiers – mais Carolyn a ensuite acheté la boucherie de Sainte-Marie-de-Kent, au Nouveau-Brunswick, ainsi que l’espace commercial en 2017, sans aucune expérience en boucherie. Mais avec l’appui de leurs familles respectives, et de l’un et l’autre, ils se sont lancés. « Mon mari, Mark, est le principal opérateur. Je joue aussi un rôle important dans l’entreprise, en m’occupant de notre étalage au marché, de la page web de notre réseau social, et en faisant toute la comptabilité. Nous travaillons de pair avec la ferme de ma famille, West Branch Feeds, et la ferme laitière de la famille de Mark, aussi. Nous produisons et transformons des viandes de qualité pour la vente directe à nos consommateurs. Nous finançons environ 80% de nos produits de viande avec les revenus de la ferme et de celles de nos familles. Environ 15% proviennent du revenu des fermes de notre coin de pays, et les 5% restants, de produits canadiens qui viennent de l’extérieur de la province. »

Bien qu’ils aient surement connu des défis dans leur apprentissage des affaires, Carolyn dit qu’elle et Mark ont toujours essayé de regarder le côté positif de la vie. « Au début, quand nous avons acheté la ferme, nous avions besoin d’un endroit où vivre en attendant de nous établir en permanence. Alors, Mark et moi avons passé notre premier été dans une vieille roulotte de camping. Nous ne connaissions rien, et nous avons placé la roulotte à l’endroit le plus humide, absolument mouillé, du terrain, et ensuite, il a plu pendant un mois sans arrêt. Sérieusement! Les moustiques étaient un véritable cauchemar – ils ont forgé notre caractère, bien sûr! C’était un vrai défi, en même temps qu’une source d’amusement pour nos voisins. Quand nous passons une dure journée, maintenant, nous repensons à ces temps-là, et cela nous aide à surmonter les difficultés. »

Carolyn pense que c’est la capacité de regarder en arrière – combien de chemin ils ont parcouru – qui les aide, elle et Mark, à lutter pour atteindre fleur but final, qu’ils partagent avec la plupart des fermiers canadiens. « Dans notre travail de fermiers, le but est de fournir de la qualité, de la viande locale, à nos consommateurs. Nous luttons pour soutenir les fermiers locaux et leurs entreprises, et pour construire notre communauté locale en appuyant des projets et du volontariat. Nous croyons que chaque communauté a besoin de petites entreprises, et qu’il est de notre rôle d’assurer la production alimentaire au niveau local.

« Travailler au marché alimentaire de Bouctouche nous a permis de nous rapprocher des consommateurs et de les aider à comprendre un peu mieux les réalités du travail de ferme. »

Ce sont les fermiers comme Carolyn et Mark qui, non seulement aident les consommateurs à faire le meilleur choix des aliments qu’ils consomment, mais qui réalisent aussi la valeur de l’agriculture canadienne et qui appuient les agriculteurs canadiens. « Les consommateurs doivent savoir que les Fermiers Canadiens produisent les MEILLEURS aliments du monde : nourrissants, sûrs, et délicieux. Les consommateurs doivent aussi savoir que les Fermiers Canadiens portent une grande attention à leur terre, leur famille, leur réputation et leur production. L’agriculture est vraiment une tâche d’amour! »