CYiFarm-logo-wht

Justin Williams

Bloomfield (Ontario)

PAR JESS CAMPBELL

S’il y a plusieurs fermes multi-générationnelles à travers le Canada, moins nombreuses sont celles qui ont une lignée à deux chiffres seulement. Justin Williams, des fermes Wilhome, Bloomfield, ON, appartient à ce deuxième groupe.

« Nos fermes sont restées dans la famille depuis 1814, et je suis la huitième génération à travailler cette terre. Mes parents, Don et Anne, étaient propriétaires de la ferme sur laquelle je travaille avec ma sœur cadette, Brittany. Les fermes Wilhome, cela veut dire 70 vaches à lait dans l’étable, et 400 acres de terres de notre propriété ou louées. Les céréales, cela veut dire le foin, le maïs, le blé et le soja sans modification génétique (OMG). »

Si les ancêtres de Justin ont pu avoir une terre qui suffisait à leurs besoins et à ceux de leur communauté, les fermiers d’aujourd’hui doivent avoir une « tête d’affaires » pour réussie. Au XXIe siècle, être fermier, c’est accomplir une suite entrepreneuriale. Justin a pris la chose à cœur, et a lancé sa production de sirop d’érable et d’autres produits de qualité parallèlement au travail de la ferme. Dans une forêt située sur la terre familiale, j’ai repéré environ 500 arbres et de l’équipement moderne. 

Bien que ses journées soient évidemment remplies, Justin est vraiment content d’avoir choisi cette voie, car elle qui lui donne l’occasion de faire quelque chose de positif dans le monde.  « Ce que j’aime le mieux dans mon travail de fermier, c’est la possibilité de travailler dehors, et avec les animaux. Il est important de jouer un rôle, et ici, il s’agit de fournir des produits alimentaires aux gens », dit-il.

Pour Justin, l’avenir du travail de ferme est enthousiasmant – et la réalité actuelle est plutôt agréable, aussi. « Nous avons un robot nourrisseur qui fait le tour de la ferme une fois par heure, en poussant la nourriture vers les vaches, pour nous assurer qu’elles aient toujours de quoi manger devant elles, ce qui les rend « heureuses ». La technologie moderne fait grand bien dans la réduction du stress et l’exigence d’effort physique de la part des fermiers. Alors, ils peuvent être plus actifs et plus productifs ailleurs. Je crois que dans les cinq ou dix prochaines années, on connaitra de grands avancements dans l’industrie agricole, tant dans la production céréalière que dans l’agriculture animale. J’ai hâte de voir ce qui s’en vient. »

La ferme et l’agriculture ne vont pas de soi. Justin, comme tous les fermiers, a toujours quelque problème à résoudre. Aux yeux de Justin, répondre aux attentes des consommateurs est quelque chose à prendre en considération continuellement et sérieusement. « Les gens peuvent avoir diverses idéologies que celles de l’agriculture, et d’autres consommateurs; ces gens peuvent parfois jeter de l’ombre sur tous les aspects positifs de l’agriculture, et des autres agriculteurs. Certains croient que nous essayons de les empoisonner avec des produits que nous utilisons dans nos cultures et pour nos animaux, mais en réalité, nous les utilisons pour aider à préserver l’environnement et fournir ce qu’il y a de mieux, et la vie la plus confortable tant pour les hommes que pour les animaux. Pour nous, les fermiers, il est important de continuer à partager le message positif de l’agriculture et de continuer à démystifier les idées quand nous parlons aux consommateurs qui sont généralement intéressés à en apprendre davantage. Recourir aux ressources des associations comme « Ferme et nourriture saine » ou le « Centre pour l’intégrité alimentaire », voilà de bonnes adresses par où commencer.

Aux consommateurs, Justin recommande de chercher les réponses à leur curiosité dans la bouche de leurs chevaux. « Il est important que les consommateurs fassent confiance à leurs fournisseurs de produits de ferme, parce que nous aussi, nous sommes des consommateurs. Si vous êtes malade, vous allez voir le médecin. Si vous avez besoin d’argent, vous vous adressez à une institution de prêt. Et si vous avez des questions au sujet de la ferme, il serait normal que vous vous adressiez à un fermier!

« Je crois que dans les cinq ou dix prochaines années, on connaitra de grands avancements dans l’industrie agricole, tant dans la production céréalière que dans l’agriculture animale. J’ai hâte de voir ce qui s’en vient. »

Chris Oram

Wooddale (Terre-Neuve)

PAR JESS CAMPBELL

Il y a bien peu d’endroits au Canada où l’on puisse encore voir un fermier abattre tous les arbres pour avoir une terre à cultiver.

Mais Chris Oram de Wooddale, à Terre-Neuve, est justement un de ces fermiers. « Nous avons probablement encore 100 acres que nous pouvons déblayer, dit Chris. Nous essayons de mettre 5 acres en production chaque année. Tu piges au hasard, et ça y est! »

Avec sa femme, Kayla, et ses parents, Richard et Arlene, Chris gère le Mark’s Market, une ferme de fruits et légumes de 56 acres. Le problème d’être un cultivateur de fruits et légumes à Terre-Neuve – ou le Roc comme plusieurs l’appellent – c’est que le sol propre à produire des fruits et légumes n’est pas facile à trouver. Alors, en plus de raser de nouveaux acres chaque année, Chris doit aussi s’occuper de préparer le sol à la croissance des fruits et légumes, ce qui prend beaucoup de son temps, ainsi que de la patience et de l’argent. (Pas de pression, cependant.)

« À terre-Neuve, nous faisons de l’amélioration de compensation approximative. Le gouvernement nous accorde une subvention de 1 500 dollars l’acre. Puis l’année suivante, quand nous avons réussi à hausser un peu le ph du sol, on nous donne encore 1 500 dollars l’acre. Donc, on vous donne 3 000 dollars l’acre pour mettre cette terre en production. Mais il nous en coute plus que ça, probablement cinq ou six mille dollars l’acre. Cependant ça aide… Nous avons réussi à acheter une pelle excavatrice, et nous la faisons fonctionner pour déraciner les grands arbres de la terre; chaque minute libre que nous avons, nous la mettons en action. C’est un travail en cours. »

Une grande partie de la préparation des terres nouvellement défrichées est le travail le plus éreintant qu’on puisse imaginer, mais il est essentiel pour améliorer le sol. « Il y a une colline près de notre marché, et j’y ai littéralement passé sept jours à en sortir les cailloux pour la préparer à produire des pommes de terre cette année. Plus vous sortez de roches, mieux c’est, évidemment! »

Planter quelque chose sur des terres nouvellement défrichées n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser. « Il n’y a que quelques cultures qui feront auront de la chance dans de nouveaux terrains, dit Chris. La première année où vous essayez, vous pouvez vous en tirer avec quelques navets – partout à Terre-Neuve, nous les appelons des navets, pas des rutabagas! (rires). Vous pourriez peut-être planter quelques betteraves comestibles, pour les marinades. Mais vous devrez vraiment vous servir de tous vos engrais pour obtenir une récolte décente de ce terrain.

Mark’s Market est le seul marché de produits frais dans un rayon d’une heure de la ferme de Chris. Certains clients font deux heures de route pour venir acheter des produits frais, en saison, et qu’on ne peut pas toujours trouver ailleurs.

Pour Chris et sa famille, avoir la flexibilité de cultiver ce qui est en demande fait partie de ce qui fait que leur entreprise agricole vaut le travail acharné. « Nous avons obtenu des fraises maintenant, que les clients peuvent cueillir eux-mêmes. Nous avons eu la chance d’avoir une saison devancée, cette année, environ quatre semaines plus tôt que d’habitude. Alors, nous pouvons cultiver la laitue et les pois et les trucs verts feuillus, et vendre tout cela avec les fraises.

La ferme cultive ce que Chris appelle les « légumes traditionnels » de Terre-Neuve : les pommes de terre, les carottes, les choux et les navets, ainsi que plusieurs autres cultures comme les pommes et les prunes. Bien que la vente aux grossistes ait pu être un objectif, déjà, Chris dit que lui et sa famille préfèrent de beaucoup gagner leur vie en vendant directement à leurs clients. « Nous cultivons tout de A à Z. Tout ce que nous pouvons cultiver physiquement, nous le faisons ! Nous avons un revenu secondaire avec les confitures, les betteraves marinées, les carottes et tous ces autres ajouts comme les pois, les haricots, le brocoli, le chou-fleur – ainsi un client dépensera un peu plus. Tout cela attire les gens à la ferme. Nous fixons nos propres prix et offrons des produits frais et de qualité. »

Suivez Chris sur Twitter @chrisoram11

« Nous cultivons tout de A à Z. Tout ce que nous pouvons cultiver physiquement, nous le faisons ! »

Ann et Cody Legge

Blomidon (Nouvelle-Écosse)

PAR JESS CAMPBELL

Qu’y a-t-il de commun entre cultiver des fleurs, élever des veaux, traire les vaches, diriger l’exploitation d’un lot, travailler comme technicien vétérinaire et cultiver des céréales?

Si vous n’êtes pas sûr, demandez donc à Ann Legge de Blomidon, en Nouvelle-Écosse. Pour elle et son mari, Cody, cette liste de tâches constitue leur gagne-pain. « Je travaille à temps complet pour Patterson Farms Ltée, un producteur local qui possède cinquante vaches », dit Ann. « Je m’occupe aussi de ma propre ferme, Petal & Bay Flower Farm; nous produisons des fleurs coupées pour le marché de gros ou pour des commandes privées. Cody travaille à temps complet pour K.B. Kinsman & Sons Limited, un lot d’engraissement local de 400 ou 500 mangeoires, tout en gérant sa propre entreprise, Cody Legge Farms, qui produit du foin et des céréales. Et ensemble, nous aidons à la ferme de la famille de Cody – où nous élevons 40 couples vache-veau. Et le samedi matin, je fais du travail vétérinaire comme technicienne à la clinique vétérinaire de Glooscap. »

Si vous trouvez que cela ressemble à une tonne de travail, vous avez raison. Et ce jeune couple (mariés en octobre 2018) ne vous contredira pas. « Nous aimons bien, tous les deux, être occupés, et surtout dans ce qui concerne le travail de la ferme. Chaque jour est à la fois différent et pareil. Nous calculons le travail en acres, pas en heures! »

Cody est un éleveur bovin de troisième génération, alors l’élevage n’est pas seulement un gagne-pain mais un mode de vie. Ann admet que le travail n’est pas toujours facile; toutefois, ce n’est pas quelque chose qu’ils abandonneraient. « Il peut y avoir des journées vraiment longues. Mais nous sommes reconnaissants pour les jours de pluie qui nous permettent de nous rattraper sur les autres tâches ménagères, ou ne nous enfermer dans l’atelier pour faire des réparations. À la fin de la journée, en essuyant la sueur de notre front – ou nos larmes parfois – quand nous voyons une vache malade qui prend du mieux, ou une graine minuscule qui s’est développée en un produit de qualité après tant d’efforts… ou échouer, parfois, mais être capables de nous lever le lendemain matin et d’essayer encore avec détermination, tout cela en vaut la peine, et nous ne l’échangerions jamais pour autre chose! »

La ferme de Ann et Cody se trouve au centre du bassin Minas en Nouvelle-Écosse. Le bassin « joue un rôle essentiel en agriculture dans la région », ajoutant un mélange de sols particulier, et grâce aux fluctuations de température et de climat. De plus, les vagues atteignent une hauteur de 46 à 52 pieds chaque jour! C’est une richesse extraordinaire pour Ann et Cody, et leur communauté ainsi que leurs nombreux partenaires les aident à faire ce qu’ils font; cela aussi est très important pour eux. « Nous sommes reconnaissants envers tous les fermiers des environs, les nutritionnistes, les vétérinaires, nos aides et nos consommateurs qui nous aident tout au long de la route, en nous encourageant à mettre à profit nos connaissances et notre expérience, et à faire de notre mieux. En fait, nous ne considérons pas cela comme du travail – c’est seulement la façon dont nous avons choisi de passer notre vie. »

Être membres de la Table pancanadienne de la relève agricole est aussi une magnifique occasion pour Ann et Cody. « Cela nous a permis de rencontrer plusieurs fermiers et des membres de l’industrie agricole qui possèdent beaucoup de connaissances et d’expérience à partager, ce qui nous donne une chance de nous améliorer et d’innover. C’est très utile de jouir d’un appui complet de la part d’un groupe qui chemine avec nous! »

Avoir tellement de tâches quotidiennes à accomplir peut sembler insupportable à quelques-uns; mais pour Ann et Cody Legge, il s’agit de construire un magnifique héritage.

Suivez Ann sur Instagram et Facebook @petalbayflowerfarm

« Nous aimons bien, tous les deux, être occupés, et surtout dans ce qui concerne le travail de la ferme. Chaque jour est à la fois différent et pareil. Nous calculons le travail en acres, pas en heures! »